Par Dov Zerah 

Les marchés boursiers ont plongé la semaine dernière. Certes, dans l’histoire boursière, le mois d’octobre est rarement bon. Mais, une telle chute conduit à s’interroger si nous ne sommes pas à la veille de l’explosion de la bulle financière créée par le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt, consécutif à un excès de liquidités.

Pour expliquer ce mouvement boursier, plusieurs raisons sont avancées :

Le resserrement de la politique monétaire américaine. Depuis fin 2008, la banque centrale américaine a suivi un programme mensuel Quantitative Easing d’achats d’actifs, atteignant certains mois 65 Mds$. Avec le retour de la croissance aux Etats-Unis et la baisse du chômage, la FED envisage d’arrêter ses interventions. La décision est attendue pour la fin du mois.

Il y a débat aux Etats-Unis, et certains demandent une poursuite de ce programme pour éviter l’exemple suédois de 2010.

Pour éviter une bulle immobilière, la banque centrale suédoise a relevé ses taux en juillet 2010, ce qui s’est rapidement traduit par une baisse des prix. Il faut organiser l’atterrissage de politiques accommodantes.

Utilisons une image pour comprendre le problème. Pour combattre une maladie, un médecin préconise des médicaments. S’ensuit une accoutumance. Une fois guéri, le protocole ne peut être arrêté du jour ou lendemain sans créer de réels problèmes au patient.

Les opérateurs s’en inquiètent. Ils ont raison de s’en inquiéter car, ils vont être obligés de revoir leur calcul de prime de risque dès lors que le temps de l’argent facile par l’excès de liquidités touche à sa fin. Le problème est réel puisque certains investisseurs prêtent aujourd’hui à des taux d’intérêt négatifs, autrement dit, ils acceptent de perdre de l’argent pour qu’on le leur garde.

Mais les effets négatifs d’un excès de liquidités sont tels que ce serait une bonne nouvelle que ce programme prenne fin.

L’argent facile, trop facile, l’argent de la facilité crée beaucoup de problèmes, et constitue une sorte de fuite en avant qui ne permet pas de résoudre les problèmes structurels.

Mais, cette décision interviendrait néanmoins à un moment peu propice pour la conjoncture internationale.

Tout d’abord, les banques centrales européenne et chinoise ont mis en place de tels programmes similaires, mais pour le moment, leurs volumes ne compenseront pas le programme américain. Ce ne sont pas les 63 Mds€ que la banque centrale chinoise va prêter aux cinq grandes banques chinoises sur trois mois avec des taux très faibles, ou les 400 Mds€ que la banque centrale européenne propose aux banques européennes pour une relance du crédit aux entreprises, qui vont changer la solution.

Tout va dépendre des futures décisions de la BCE, et de son éventuelle décision de lancer un vaste programme d’achat d’actifs. Aussi l’absence de décisions lors de la dernière réunion de la BCE avait déjà entrainé un mouvement boursier, et les opérateurs n’aiment pas les incertitudes.

Mais, attention à l’excès de liquidités ! Arrêtons de gaver un âne qui ne veut pas boire !

Un ralentissement de la croissance partout dans le reste du monde.

– En Europe, les prévisions de croissance sont passées de 1,1 % à 0,8 % pour 2014 et à 1,3 % pour 2015. Malgré les craintes, nous ne sommes pas en déflation. L’économie allemande ralentit depuis juillet en Espagne, en Irlande et au Portugal…Même s’il existe un risque de déflation, à savoir une baisse généralisée des prix conjuguée à une croissance négative, elle devrait être évitée grâce à l’amélioration du pouvoir d’achat engendrée par une inflation moins importante que prévue, et à la baisse de l’euro qui devrait stimuler les exportations.

– En Chine, la croissance a du mal à dépasser les 7,5-8 %.

– En Russie, l’activité économique a plongé à cause de l’essoufflement du modèle économique, de la baisse des prix des matières premières, et des premiers effets des sanctions occidentales.

– En Amérique latine, nombreux sont les pays qui connaissent des difficultés, l’Argentine, le Venezuela, le Brésil…

– En Afrique. Le virus Ebola commence à frapper de nombreux pays, l’Afrique du Sud connait une croissance atone.

Le signe le plus significatif de ce ralentissement économique mondial est la baisse du prix du baril de pétrole. Alors qu’il se situait entre 100 et 110 $ le baril depuis plus d’un an, le prix a atteint la barre des 80-82 ces derniers jours. Cette évolution à la baisse est certes due à l’augmentation de la production américaine et au retour du pétrole libyen sur les marchés, mais également et surtout à la diminution de la demande, caractéristique du ralentissement économique.

Enfin, les incertitudes géo politiques, et notamment proches orientales alimentent les inquiétudes des opérateurs.

La révision de la politique monétaire américaine, quels que soient son étalement dans le temps et son intensité, ainsi que les fondamentaux macroéconomiques ailleurs qu’aux Etats-Unis ne justifiaient pas les niveaux boursiers. Le marché a fait les corrections.

Cela ne nous met pas à l’abri d’un krach boursier.

 

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