Par Adama Wade

Il est certain qu’il ne faudrait pas 54 solutions pour vaincre le virus Ebola.  Le réflexe du repli sur soi, adopté actuellement par certains pays africains, au nom de la nécessité, légitime,  de protéger leurs populations, accélère l’isolement  des pays atteints. Il s’agit (c’est utile de le rappeler) du Liberia, de la Guinée et de la Sierra Léone, ensemble qui pèse tout au plus  1% du PIB de l’Afrique.  

 

Ainsi, en  dépit des cris d’orfraie et des prévisions fantasmées, l’épidémie n’a pas débordé le fleuve Mano.  Certes, des cas mortels  ont  été signalés au Nigeria. Le géant africain déclare avoir stoppé l’épidémie.  Idem pour la RDC où le réveil de l’ancienne souche du virus a été endigué. Quant au Sénégal, il est parvenu à guérir  le seul cas d’Ebola survenu sur son territoire.  Voilà l’état des faits, certes dramatiques.  Mais rien, depuis le début de la pandémie, en mars 2014, ne permet de dire que la fièvre Ebola est continentale.   Rien, même si l’arithmétique macabre appelle à ce sacro-saint principe de précaution qu’il ne faut pas transformer, non plus,  en principe de la panique.

Dans ce cadre, nous remarquons que ce virus met en évidence les réalités latentes de l’Afrique contemporaine: l’atonie de l’Union Africaine et la tendance, déjà observée dans les grandes négociations internationales (OMC, accords d’association avec l’Union Européenne, APE),  au chacun pour soi. Dans son entretien accordé à Financial Afrik l’été dernier, l’économiste Samir Amin déclarait que les périphéries ont tendance à se fragmenter, à se désunir alors que les centres (l’accord de libre-échange Europe -USA en est la dernière illustration) ont tendance à se regrouper.

Périphérie de la périphérie, l’Afrique entre dans cette grille d’analyse avec  une multiplicité de positions antagonistes face aux grands enjeux.  L’épidémie de la fièvre Ebola nous rappelle amèrement que l’hymne à l’unité et au panafricanisme est un opium qu’on administre à fortes doses lors des grandes célébrations à des populations désillusionnées évoluant sous la ligne de flottaison des 1 dollars par jour.  La dure réalité, elle, est à la fragmentation et à la balkanisation de l’Afrique dictée par des forces de l’inertie qui vivent sur la rente.  Ebola nous confine dans nos petites frontières physiques, mentales et xénophobes qui expriment, en paraphrasant Eric Zemmour à propos de sa France, le suicide africain. .

En clair, les africains se barricadent entre  eux, laissant le combat contre Ebola à la communauté internationale.  Pendant que les garde frontières  érigent des cordons sanitaires factices, perméables au bakchiche, l’OMS, Medecins Sans Frontières et bien d’autres ONG payent de la vie de leurs  courageux volontaires un engagement où figurent peu d’africains.  Alors  que 1000 allemands se disent prêts à s’enrôler  en volontaires pour aider à vaincre Ebola, les médecins africains négocient (on les comprend trop bien) des primes de risques et font grève à Monrovia.   Comme hier pour affronter les djihadistes au Mali, aujourd’hui l’on assiste avec la crise née de la fièvre Ebola à une internationalisation de la solution. Preuve à suffisance de la faillite des Etats et de la propagation du réflexe d’assisté qui nous habite malgré nous.