«Le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème». La célèbre réplique du secrétaire américain au Trésor,  John Bowden Connally,  à une délégation européenne  inquiète de la politique monétaire de Washington,   est vieille de 42 ans.  Mais qu’est qu’elle est d’actualité en ce qui concerne le couple stable, voire trop stable, entre l’ Euro et le Franc CFA.

Un couple qui vient de terminer rondement ses échanges, le 3 octobre, avec d’une part, le ministre français des Finances, Michel  Sapin et, d’autre part, ses 14 homologues africains et les gouverneurs des différentes banques centrales concernées. Cette réunion en prélude des assemblées de la Banque mondiale et du FMI a permis de constater l’exceptionnel consensus entre les membres. Aucun son discordant n’est à relever dans ce qui n’est pas sans rappeler les réunions des soviets.

Il y a un certain nombre de transactions qui ont lieu entre la France et les pays de la Zone franc en euros mais il y en a d’autres qui ont lieu dans d’autres monnaies principalement en dollars parce que c’est rattaché à telle ou telle matière première”, a dit le ministre français , évoquant une “double incertitude”, celle du cours des matières premières et celle du taux de change.

“Si on peut faire en sorte au moins de limiter la deuxième inquiétude en faisant en sorte que les transactions aient lieu dans la même monnaie, celle de l’euro et du franc CFA qui est lié, cela peut apporter aux uns et aux autres des satisfactions réelles”, a assuré M. Sapin.

 

Bien évidemment, ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec les propos du ministre français ou encore l’optimisme du ministre nigérien des Finances, Gilles Baillet, lequel a été on ne peut plus diplomate : « Le jour où il y aura moins d’avantages et plus d’inconvénients nous pourrons en sortir, il faut le préciser », rappelant que les pays de la Zone franc bénéficiaient de taux d’intérêt et de taux d’inflation plus bas que les pays limitrophes, et donc d’une plus grande stabilité financière.

Des conclusions qui ne font pas l’unanimité en dehors du cercle réuni autour de M. Sapin :

 

Le Franc CFA est surévalué selon le ministre ivoirien du Commerce et l’artisanat, Jean-Louis Billon, qui s’exprimait  le 26 septembre dernier, lors d’une rencontre avec la presse. « Indexé à l’euro, le franc CFA est trop fort. Il faut donc une flexibilité » . Et de tempèrer : «Comme toute monnaie, le franc CFA est perfectible … «Au final, nous avons un Euro tropical qui s’appelle le Franc CFA qui est plus cher que toutes les monnaies que l’on peut acquérir ailleurs».

Il n’en fallait pas plus pour que le bon vieux débat classique entre souverainistes partisans du rapatriement des leviers de la politique monétaire de  Paris-Bruxelles à Dakar ou Abidjan   et les réalistes qui rappellent que le CFA a permis jusque-là d’éviter une balkanisation monétaire (l’Afrique compte au moins 40 monnaies)  ne soit remis au goût du jour.

Dans le fond, le rapport est déséquilibré. Car, voilà  deux monnaies liées par une parité fixe et dont les orientations majeures sont fixées par la Banque Centrale Européenne en fonction des politiques économiques de la zone euro.  La  zone CFA subit non seulement  la politique monétaire européenne et française, mais aussi le blocage de 50% du produit des  exportations dans un compte  placé au Trésor français.  Il y a là matière à débat tout en sachant que, « quand un accord dure, c’est que tout le monde y trouve son compte », comme l’a rappelé le gouverneur de la banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Tiémoko Meyliet Koné. En  bon orthodoxe, l’ivoirien   invite à chercher la  compétitivité plus dans  l’économie et les filières que dans la monnaie”.