Ci-dessous, le discours de Gabriel Fal, PCA de la BRVM, lu à l’occasion du road show de Paris.

 

“Pendant longtemps, l’Afrique s’est habituée à recevoir une multitude de dirigeants d’entreprises, de banquiers ou de représentants d’institutions internationales pour recueillir leurs conseils, ou plutôt leurs recommandations. L’Afrique recevait et écoutait avec un mélange d’hospitalité et de soumission.

 

Aujourd’hui, à Paris, c’est la communauté financière française et européenne qui vient à la rencontre de la Bourse régionale des valeurs mobilières, la BRVM. Le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africain a fait le voyage en provenance d’Abidjan, de Dakar, Lomé, Bamako, Niamey, Cotonou, Bissau et Ouagadougou. Mais si nous sommes venus, ce n’est n’est pas pour susciter un énième soutien ou recevoir une aide supplémentaire.

Nous sommes là car nous sommes à présent persuadés que nous avons quelque chose à vous apporter : de nouveaux marchés, de nouvelles opportunités, de nouveaux horizons, Croyez-bien que je suis particulièrement fier et très heureux de cette inversion du sens de nos voyages respectifs !

C’est pour moi l’aboutissement de 30 années consacrées à la finance africaine, pour en faire un véritable levier de développement de nos économies. L’Afrique est en train de changer de paradigme. Que vous soyez ici, aussi nombreux, aux BRVM Investment Days traduit cette nouvelle réalité africaine, et tout particulièrement celle de nos marchés. A l’image de notre trajectoire économique caractérisée par un taux de croissance annuel supérieur à 5 % depuis le début des années 2000, ils sont en plein essor. Ces marchés vous intéressent, vous attirent et vous séduisent. Tant mieux.

Mais à vrai dire, nous n’avons pas le choix car nous savons très bien que nous ne pouvons plus compter sur l’aide publique qui plafonne inexorablement. Sans malice de ma part, force est de constater que l’essoufflement est au Nord, le souffle au Sud. Les flux financiers extérieurs en direction du continent ont ainsi plus que quadruplé depuis 2000 pour atteindre environ 185 milliards de dollars en 2013. Les transferts des migrants arrivent en tête, mais avec les investissements de portefeuille et les investissements directs étrangers en progression constante, les flux privés sont deux fois supérieurs à l’aide publique. Chacun l’aura donc compris, les enjeux sont là.

Si nous voulons collectivement nourrir, loger, soigner, équiper et divertir les 2 milliards d’Africains attendus en 2050, les finances internationales et africaines doivent absolument travailler ensemble pour optimiser les relais de croissance. Ces relais sont là, disponibles. Matières premières, télécoms, industrie et agro-industrie, infrastructures, services, grande distribution… l’Afrique est une nouvelle frontière. Les Bourses africaines, et tout particulièrement la BRVM, sont au rendez-vous pour servir de plateforme d’échanges entre les capitaux disponibles à travers le monde et nos besoins de financements. En 2000, le continent comptait une douzaine de Bourses pour une capitalisation de 257 milliards de dollars.

 

Aujourd’hui, les 23 Bourses africaines affichent une capitalisation de plus de 1 112 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de l’Afrique subsaharienne. Le marché de l’Union économique et monétaire ouest-africain est sur le même rythme. En 2013, la BRVM a été en croissance de 38 % par rapport à 2012 avec une capitalisation de 14 milliards de dollars. Les volumes de transactions ont connu une évolution de plus de 60 % démontrant les progrès constants que nous effectuons en termes de liquidité. En moyenne, la rentabilité de la BRVM a été de près de 70 % avec 9 sociétés affichant un PER de moins de 12. Un autre exemple de performance: le titre Sonatel a augmenté de 1 000 % depuis l’introduction du groupe de téléphonie sénégalais en 1998.

Des entreprises privées et les Etats de la région se financent également avec succès en émettant des emprunts obligataires, souvent sursouscrits et offrant une valorisation sans risque de l’épargne locale. Certes la fin de la crise ivoirienne nous a facilité la tache, mais ne retenir que cette raison pour expliquer notre croissance serait réducteur et injuste. La BRVM a mis en place la cotation en continu en 2013 et a rejoint les indices MSCI et S&P en 2014. La BRVM n’est donc plus une Bourse « exotique ».

C’est une place aux standards internationaux au cœur d’un marché structuré et régulé par des autorités de tutelle. C’est également une place qui renforce sa coopération avec Lagos et Accra, notamment, pour faciliter les opérations croisées et approfondir le marché régional. C’est aussi une place dans une zone à très faible inflation et dont la monnaie, le franc CFA, assure une parité fixe avec l’Euro.

C’est encore une place qui s’apprête à accueillir de nouvelles sociétés avec tout prochainement l’introduction de Total Sénégal. C’est enfin une place qui se prépare avec énergie et enthousiasme pour offrir rendement et sécurité aux investisseurs en Private Equity de plus en plus nombreux en Afrique de l’Ouest. La BRVM est donc au cœur d’un écosystème financier ouest-africain en plein développement, au service des entreprises et de nos économies. En espérant que ces Investment Days vont permettre d’amplifier ce mouvement. Je vous remercie.”

Édité par Balla Moussa Keita, Directeur de Financial Afrik pour l’international