Tanoh RwandaUn conseil d’administration d’Ecobank décisif se déroulait  en cette veille de week end au Rwanda. En ligne de mire, le président du conseil d’administration, Kolapo Lawson mais aussi et désormais Thierry Tanoh, directeur général, qui n’a pas encore bouclé un plein exercice. Les révélations de la directrice financière,  Laurence Do  Rego,   à propos de l’affaire Kolapo  Lawson, du salaire et bu bonus de M.Tanoh, divisent profondément le conseil d’administration.  

 

Genèse d’une affaire. Arrivé il y a seulement un an à la tête d’Ecobank, Thierry Tanoh avait-il pris toutes les mesures adéquates envers le PCA de la banque, Kolapo Lawson,  rattrappé par une échéance impayée?  Le PCA n’aurait  pas remboursé un montant de 1,6 milliards de nairas à AMCON  (Asset Management Corp of Nigeria) , le fonds d’asset management mis en place par le Nigeria pour nettoyer les bilans des banques. La dette est portée par Agabara Estate, société de promotion immobilière  administrée par le président d’Ecobank.

Depuis l’ébruitement de cette affaire, le 16 juillet,  par Financial Times, le conseil d’administration  de la banque panafricaine est en ébullition.    Le mot d’ordre semblait être clair: protéger le président Lawson.  Affaire qui fut rondement menée et formalisée lors d’un conseil d’administration du 6 août dernier qui délivra un blanc seing au président.  “Je suis heureux que nous ayons tiré cette affaire au clair”, déclarait M. Lawson.

Seulement, c’était sans compter sur les dissensions internes propres à toutes les grandes organisations.  La directrice financière, Laurence Do Rego n’était pas d’accord par cet arrangement, trop consensuel, à l’africaine comme le déclare un cadre sud-africain à Financial Afrik. 

 

Le bonus de Thierry Tanoh

Le 6 août soit moins de 24 heures après  la tenue du conseil d’administration, Laurence Do Rego saisissait la Nigerian Securities and Exchange Commission (SEC) par lettre copiée aux administrateurs de la banque et révélée par Financial Times, déclarant que le conseil d’administration n’agissait pas dans l’intérêt des actionnaires.  La directrice Finance en charge des risques accuse Kolapo Lawson, le PCA, et Thierry Tanoh le directeur général, d’avoir cédé des actifs “nettement en dessous de leurs valeurs de marché” (traduction de l’expression “Well below the market value”,  contenue dans la correspondance et reprise par Financial Times).

Madame Do Rego déclare avoir été sollicitée pour  effacer les dettes dues par la compagnie de promotion immobilière de Mr Lawson et de manipuler les résultats 2012 de la banque pour les augmenter en 2013, premier exercice de Mr Tanoh.  Dans la foulée, Mme Do  Rego s’interroge sur les procédures qui ont conduit à la détermination d’un bonus de 1,14 millions de dollars à Mr Tanoh au titre de l’exercice 2012.   Ce montant est,  selon la directrice financière, de 935 967 dollars au dessus de ce qu’il était en devoir de toucher selon son contrat.  Celà  alors que d’autres membres du conseil se sont vu coupés leurs bonus.

Les actionnaires sud-africains veulent que des têtes tombent

Même si M. Lawson déclare avoir remboursé les 1,6 milliards de nairas (10 millions de dollars) dus à Ecobank, il y a un parfum de malaise dans l’air. L’affaire du bonus perçu par Thierry Tanoh ne fait qu’accentuer la crise  avec les actionnaires sud-africains qui menacent de convoquer une assemblée générale au cas où le conseil d’administration n’aurait pas tranché dans le sens de la bonne gouvernance.

Officiellement, la banque soutient que le bonus perçu par Thierry Tanoh se serait fait avec toutes les approbations du comité de gouvernance.  Si toutes les choses se sont passées dans les règles de l’art, comment se fait-il que Mme Do Rego soit mise en congés forcés? Est-ce parce qu’elle ne détenait pas les qualifications mentionnées dans son CV comme le soutient-on au service de communication d’Ecobank? L’intéressée réfute ces allégations et explique son attitude par la volonté de ne pas exécuter des demandes n’allant pas dans l’intérêt des actionnaires. Une chose est sûre: il y aura un avant et un après Rwanda.