APE20Il y a de cela trois ans, l’organisation mondiale du commerce invitait les pays africains à parapher dans le cadre du commerce international les accords dits de libre échange. Contre toute attente les pays du Nord qui s’attendaient le moins du monde à une forte velléité des pays du Sud, n’ont pas obtenu des Africains qu’ils paraphent les accords à priori jugés irrecevables.

 

Coulibaly Sidy*

 

 Les conditions qui prévalaient dans ces accords, rappelaient les pratiques mercantilistes d’un autre temps encore vivaces dans la conscience collective des peuples du Sud. On ne saurait appréhender les problématiques qui ont jalonnées les rapports Nord Sud pendant et après la colonisation sans explorer  quelques aspects historiques de leurs  héritages communs.

 

Le contenu de ces héritages s’articule autour de trois axes majeurs : la colonisation, la décolonisation et les indépendances. L’histoire nous enseigne que depuis la nuit des temps, l’être humain motivé d’un sentiment obsessionnel d’instinct de survie, a toujours été préoccupé par la découverte des contrées lointaines dans le but  élargir son espace vital pour garantir stricto sensu son existence. Ces découvertes ne se sont pas faites sans guerre où les vaincus étaient régentés et les vainqueurs au gré de leur victoire jouissaient des privilèges. Cela dénote vraisemblablement d’une grande mobilité géographique au début du millénaire alors qu’il n’existait aucun moyen mécanique de locomotion.

 

 

Grâce aux échanges transsahariens l’Afrique commerçait avec le Maghreb et l’Arabie. Le Soudan, actuel Mali, qui fut le berceau des grands empires aurait eut un de ses fils qui fut le 1er explorateurs qui à découvert l’Amérique. UN travail scientifique mené en synergie avec d’éminents  chercheurs occidentaux et américains a permis au Professeur Gaoussou Diawara  de mettre en lumière la conspiration des blancs qui attestait formellement que l’Afrique n’a pas eu d’histoire. Je vous renvois à l’ouvrage  qui  s’intitule : ABUBAKHARI II  l’explorateur Mandingue.

 

Abondant dans le même  esprit, je tiens a mettre en exergue de façon sommaire, le travail remarquable des  historiens africains qui en revisitant l’histoire de l’empire du Mali sont parvenus avec objectivité à démontrer que  la  première charte sur les droits de l’homme a été élaborée à  Kuru kan funga  sous le magistère de l’empereur Soundiata Keita. Ces faits édifiants témoignent de l’ingéniosité des peuples du Sud du Sahara et confirment sans doute l’antériorité de la civilisation négro-africaine et même sa primauté sur la civilisation occidentale au moyen âge..

 

Ce qui  d’ailleurs recoupe avec la thèse  du Grand professeur Cheick Anta  Diop à qui toute L’Afrique doit rendre Hommage Pour avoir mis les choses à leur juste place concernant le caractère négro africain de la civilisation de l’Égypte Pharaonique.

 

Par conséquent, il n’est pas exagéré d’affirmer que le Moyen Âge a vu une civilisation africaine florissante à son apogée, même si l’Occident s’est évertué à faire l’apologie du déni de l’histoire africaine. L’ignorance du président français lors de sa visite au Sénégal qui affirma : « que l’Homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » traduit tout le mépris que l’Occident a pour le continent noir. Que d’efforts pour travestir la réalité n’entament en rien l’inconscient collectif des Africains qui redécouvrent avec fierté leurs riches patrimoines historiques. Si cette parenthèse importante ne comble pas de façon exhaustive notre attente sur l’aspect historique du Sud, elle nous éclaire en revanche sur le mensonge délibéré des historiens occidentaux pour mieux  cerner les rapports maître esclave sous sa forme insidieuse de la néo-colonisation post indépendance.

 

Toutefois, faire endosser à l’Occident le retard dont souffre le continent africain, serait irrationnel et malhonnête. Une bonne partie doit-on reconnaître, des problématiques du recul du continent africain est de nature endogène liée essentiellement à l’absence d’une bonne gouvernance, d’un État de droit, d’une gestion faite de malversation et de corruption et d’un manque de vision en matière de politique industrielle de transformation sur le plan minier et agro pastoral. Voilà, autant de facteurs qui expliquent l’incompétence notoire des dirigeants africains. Les meurtrissures de l’esclavage qui ont causé un ravage sur le plan démographique a de toute évidence une part inestimable de responsabilité. Au regard de ce constat, l’état d’impréparation du continent Africain ne plaidait pas en sa faveur pour parapher les accords dits de partenariat économique qui à termes devraient aboutir à la suppression des barrières douanières entre le Nord et le Sud.

 

La faiblesse de nos structures industrielles qui se traduit par notre incapacité d’exportation, mis à part les ressources minières, il sera suicidaire pour le continent d’ouvrir son espace aux produits européens exonérés de taxes douanières qui représentent une composante essentielle des recettes budgétaires de chaque État.

 

Par ailleurs, l’Europe ne pourra durablement se présenter en garant d’un échange équitable, tant il apparaît clairement comme le principal responsable du blocage pour la simple raison qu’elle aurait du rétablir une concurrence loyale par la suppression des subventions octroyées à ses producteurs, et ne pas revenir sur les avantages des préférences commerciales unilatérales dont bénéficie le continent. Pour l’heure, le front unitaire des pays africains semble tenir mais pour combien de temps ? La possibilité d’un émiettement du front régional existe avec la signature d’un accord intérimaire à caractère bilatéral par la Cote d’ivoire et le Ghana .De telles initiatives peuvent conduire l’Europe à adopter la stratégie du chaos donc du pourrissement si on y prend garde alors qu’il suffirait d’accepter le principe d’engagement asymétrique qui met à l’abri le marché des pays AC P et leur effort d’industrialisation pendant une période transitoire afin qu’ils s adaptent au nouveau contexte.

Le continent Africain est diversement riche. Avec 53 États et une population qui avoisinera 866 millions d’habitants en 2015, L’Afrique compte 45% de la population jeune du Monde contre 65% de la population âgée en occident .Dire que le continent Africain est riche est un euphémisme. Car, le-sous sol regorge d’énormes ressources naturelles minières et énergétiques. En dépit de ces potentialités le continent qui avait un taux de croissance positif durant la décennie euphorique des indépendances, s’est retrouvé soumis aux fameux plans d’ajustement structurels imposés par le F.M.I pour cause de surendettement. La réduction drastique des services publics, et la privatisation des infrastructures et des sociétés d’état ont littéralement déréglé les structures socio-économiques de nos pays, profitant du coup, aux élites et leurs complices les investisseurs étrangers. Cette gestion macroéconomique catastrophique durant 50 ans doit faire l’objet d’un devoir de mémoire afin d’inspirer les responsables Africains toute génération confondue. Les 50 prochaines années à venir devraient s’inscrire dans le cadre de la renaissance Africaine. Pourquoi ?

 

L’assimilation et la dépersonnalisation de l’homme noir l’ont conduit à la perte de ses capacités d’autonomie, basée sur sa force de savoir traditionnel et sa liberté de penser. Cette pratique du reniement de soi a été contre productif quant à la mise en place des structures de base d’un décollage socio-économique authentique. Il vrai que le processus pots-colonial se fixait pour objectif, l’édification des états-nations modernes

 

Cette mutation aussi ardue à accomplir devrait-il nous conduire à hypothéquer la liberté et la souveraineté chèrement acquises ?

Malheureusement, la réalité est cruelle et l’irresponsabilité de l’homo africanisme participe de son auto destruction. L’aspiration, du peuple africain à la renaissance est un vieux rêve. C’est pourquoi il faut s’approprier véritablement ce thème, sans y verser dans un effet de mode.

Au contraire, les cinq décennies de recul du continent, traduisent un acte de trahison aux antipodes des idéaux intégrateurs des pères fondateurs de l’organisation de l’unité africaine : Ancêtre de l’UA.

 

Le sursaut retrouver dans le rejet des injonctions de l’Europe par le continent africain dans le cadre des APE, encourage à penser que l’Afrique est déterminée à prendre son destin en main autant que faire ce peut. IL serait désormais question d’un partenariat gagnant-gagnant, même si insidieusement les occidentaux continueront à mettre à profit leur avantage comparatif pour se faire désirer sur un continent objet de convoitise de toutes les puissances.

 

D’ailleurs, il n’échappe à personne que le continent africain offre le meilleur taux de retour sur investissement et le grand besoin de l’Afrique à présent repose sur son industrialisation afin de marquer une rupture avec le vieux schéma de l’économie de rente. Ce challenge constitue un défi majeur à relever et ne sera possible que si les Africains sortent de la foi aveugle des dogmes pour émerger comme ensemble continental qui passe par la fédération des états-nations. Il est évident que les états-nations à eux seuls sont sans substance et ne représentent rien. Seule la conscience retrouvée des dirigeants africains et leur volonté d’unification, pourraient faciliter la mise en place des organes indispensables au bon fonctionnement de l’union.

 

Pour cela, nos dirigeants  doivent se pencher vaille que vaille sur la mise en place des outils qui matérialiseront l’existence physique d’une Afrique Unie en créant un gouvernement et un parlement à charge pour ces deux institutions d’élaborer une Diplomatie Internationale au nom de L’union.

1-Création d’une Armée commune de défense et de sécurité pour sécuriser le continent contre la nouvelle menace du terrorisme et de la piraterie maritime.

2- Élaborer la possibilité d’émissions d’une monnaie africaine gérée par une banque centrale.

3- Réfléchir sur la stratégie d’une politique Agro pastorale industrielle en vue de valoriser nos produits et d’en tirer une valeur ajoutée.

4- Harmoniser les politiques fiscales et les politiques macroéconomiques

5- Faire de la formation une priorité dominante afin qu’elle réponde aux besoins du marché de l’emploi

8- Doté le continent d’infrastructures qui facilitent  la mobilité des acteurs économiques.

 

Toutes ces composantes que je viens d’énumérer ont vocation à donner une meilleure visibilité des décisions politiques efficientes de façon à optimiser les projets avec à la clé une économie d’échelle par rapport à la contribution financière de chaque état membre. C’est en cela que la renaissance africaine que nous souhaitons voir se concrétiser dans les cinquante prochaines années sera réalité. Aujourd’hui, dans toutes les grandes agglomérations Africaines, les panneaux publicitaires qui font l’apologie de l’intégration Africaine, donnent à penser qu’une véritable volonté s’opère. Que Dieu bénisse nos politiques qui œuvrent sans cesse pour le États Unis D’Afrique.

 

*Coulibaly Sidy est malien, titulaire d’un diplôme supérieur de français option civilisation et littérature. Diplôme de Proficency du département des langues modernes (Université du Ghana). Il est également titulaire du Certificat journalistique de l’école supérieure et des relations internationales de Paris.