L’aéroport Jomo Kenyatta de Nairobi, capitale du Kenya, à une heure de vol en moyenne de la plupart des grandes villes de l’Afrique de l’Est,   a brusquement pris feu, mercredi 7 août,  aux environs de 5 heures du matin.

Adama Wade, envoyé spécial

Tout le terminal international des voyageurs s’est embrasé, donnant lieu à une controverse sur la rapidité de  l’intervention des pompiers. Cinq camions rouges étaient bien en poste, ainsi que le stipule la réglementation internationale. Mais leur intervention a été trop lente et non coordonnée aux yeux de la presse kenyane, qui cite des sources anonymes.

L’incident intervient  15 ans  jour pour jour aprés le double attentat des ambassades américaines à Dar es Salam et à Nairobi qui avait fait 244 morts.  D’où les rumeurs et les supputations sur les origines du désastre.

Rumeurs d’autant plus vives que certains employés soutenaient avoir entendu des explosions de faible intensité que des experts attribuent à un bruit “probablement”  provoqué par le système de climatisation sous la pression de la chaleur. D’autres pointaient du doigt les boutiques de duty free, objet d’une spectaculaire démolition une semaine précédent le feu. Et si c’était   les cartons et les matériaux inflammables laissés sur  place qui ont ou provoqué ou favorisé la propagation de l’incendie?

L’intervention du président de la république,  Uhuru Kenyatta, vendredi,  écartant toute origine terroriste, n’a pas suffi à atténuer les spéculations, nombreuses, sur les origines de l’incendie.  Les enquêteurs des compagnies d’assurance, de la police kenyane et du FBI travaillent sur les échantillons.

Un gigantesque interrogatoire du personnel était toujours en cours vendredi alors que tout autour de l’aéroport, des milliers de voyageurs debouts sur le tarmac (voir video) parqués dans des hangars tendaient une oreille attentive aux bruits des microphones annonçant régulièrement les décollages et les atterrissages.  Plusieurs touristes sud-africains, hollandais, chinois ou coréens faisaient les cent pas, pressés de regagner leurs pays.

Sur le plan économique, le désastre est important, touchant en premier lieu le transport aérien et le tourisme, mais aussi les exportateurs de fleurs coupées.

La compagnie Kenya Ariways, déjà fragilisée par une conjoncture peu favorable, a réduit jusqu’à 65% de ses dessertes dans les trois premiers jours.   L’aéroport en question évaluait ses pertes à 200 000 dollars par jour, en autant de manque à gagner dans les droits de traffics et prestations diverses.  Ce sont 16 000 voyageurs qui transitent tous les jours via ce hub.   Les déprogrammations de vols ont bénéficié aux aéroports de Mombassa, de Dar es Salm et d’Entebe, à la grande désolation de l’aéroport de Kissumou, capitale de Jubbaland, cet ensemble régional somalien, pro-kenyan, qui est sur le point de proclamer son indépendance.

Du reste, c’est le secteur touristique kenyan, pays des Safari, qui paye le pot plein.  Les tours opérateurs sont à couteaux tirés avec les hôteliers.  Les premiers invoquent la force majeure et, de ce fait, ne voudraient pas se retrouver à supporter les annulations de réservations.  Les seconds ne tiennent pas à payer la note à eux seuls.

A noter que la plupart des partenaires du Kenya ont témoigné de leur solidarité aprés le désastre.  Cas du président Obama qui s’est entretenu au téléphone avec le président Kenyatta.  Cas aussi de l’ensemble des présidents de la région.  Ou encore de Donald Kaberuka, patron de la Banque Africaine de Développement, qui s’est engagé à aider le Kenya à reconstruire son aéroport.