Zim politiqueA 89 ans, Robert Mugabe reste plus que jamais  une ligne de démarcation entre l’Afrique et la communauté internationale.  Les rares félicitations à sa réélection pour un septième mandat sont venues de l’Afrique, notamment de l’Afrique du Sud.  En fait, a-t-il été réélu ?  D’ où tire-t-il sa popularité ? 

 

Adama Wade

 

A 89 ans dont 33 ans au pouvoir, le «camarade» Robert Mugabe a été réélu dés le premier tour pour son septième mandat à la tête du Zimbabwe. Le score proclamé samedi 3 août  par la commission électorale (ZEC) est sans appel.  En plus des 61% de voix, le chef de parti de le ZANU PF,  s’est imposé dans 150 circonscriptions sur 210, s’octroyant la majorité absolue des deux tiers de sièges au Parlement.

Ce qui lui permet de procéder au changement de la constitution et de barrer la route à une opposition dont le leader, Morgan Tsvangirai, 61 ans,  crédité de seulement 34% de voix, a annoncé la suspension de toute participation de son parti, le MDC (Mouvement Démocratique pour le Changement),  aux institutions du Zimbabwe.  Selon les assertions de Morgan Tsvangirai et surtout de son ministre des Finances, Tendai Biti, « deux millions de morts auraient voté » et «deux millions de vivants n’auraient pas voté ».

L’espoir pour l’opposant en chef, associé au pouvoir depuis 2009,  réside désormais dans les actions en justice qu’il compte mener pour prouver les fraudes.   Majoritaire à l’assemblée depuis 2008, Tsvangirai et son parti n’ont obtenu que 49 sièges, battus jusque dans ses bastions de Bulawayo et Hararé.

Les réactions de la communauté nationale, notamment de l’Occident, ont été unanimes. «Elections peu crédibles » assène John Kerry,  le secrétaire d’Etat américain. “Irrégularités mettant en doute la crédibilité du  scrutin” fustige William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères.«Graves irrégularités présumées, participation incomplète et manque de transparence”, rappelle l’Union Européenne dont les observateurs n’étaient pas de la partie. Ces condamnations de l’Ouest sont appuyées par les médias et par des ONG dont Global Witness, qui dénonce la collision entre Mugabe et des entreprises minières  chinoises.

 

Le son de cloche est nettement différent du côté des observateurs de la SADC (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest), qui notent un scrutin «pacifique  et sans troubles» tout en se donnant 30 jours pour se prononcer définitivement sur ou non la régularité du scrutin. Se fondant sans doute sur cet avis d’experts sur terrain, le le sud-africain Jacob Zuma, médiateur sur le dossier,  s’est empressé de féliciter Mugabe, tout en sommant Morgan Tsvangirai de prouver ses allégation de fraude.  L’avis du président Zuma est conforté par  l’Union Africaine qui, après avoir dénoncé  de «graves irrégularités»,  est revenu par la voix de son chef de mission, l’ancien président nigérian, Olesgun Obasanjo, pour déclarer que lesdites  irrégularités ne remettaient pas en cause la régularité du scrutin. “Je n’ai jamais vu d’élections parfaites“, a argué M. Obasanjo.

 

Le cas Robert Mugabé révèle  une ligne de démarcation nette entre l’Afrique et la communauté internationale. Vu de Londres, Paris et Washington, le camarade est un dictateur qui instrumentalise la question des terres pour soigner sa popularité et se maintenir au pouvoir.  Vu d’Afrique, le jugement est nuancé. Tout en regrettant son maintien au pouvoir à un âge où d’autres songeraient à la retraite, des observateurs estiment que la réforme agraire de l’an 2000 était à la fois «une bonne question et une mauvaise réponse »  à  la redistribution des terres dans l’ex  Rhodésie du Sud.

C’est sans doute autour de cette question sensible des terres (Mugabe a retiré leurs terres à 4 000 fermiers blancs pour les redistribuer à des familles rurales pauvres)  et de sa posture de combattant  vainqueur du colonialisme que le plus vieux chef d’Etat africain trouve sa popularité. “Mugabe reste populaire chez une grande partie de la population, notamment chez les personnes âgées qui ont vécu la période de la guerre qu’a menée Robert Mugabe pour la décolonisation du Zimbabwe, explique  sur France 24, Emmanuel Goujon, fondateur de la société de conseils Africa Global Approach. Il ne faut pas oublier qu’il a été un héros africain dans les années 1980, qu’il a mené son pays à l’indépendance et à la fin d’une situation d’apartheid où la minorité blanche dominait la majorité noire. Et ça, c’est resté dans les mémoires des gens”.

Sur le plan économique, cette réforme tarde à faire des résultats et serait même un échec d’après la chaîne ARTE .  En dépit de la reprise économique en cours depuis 2008, le Zimbabwe, qui a enregistré plusieurs levées de sanctions de la part des pays bailleurs de fonds, a-t-il les ressorts politiques et économiques  de poursuivre le Mugabisme pour encore cinq ans?

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