Soro ComzoneDaté du  12  avril et  rédigé par des experts indépendants de l’ONU , un rapport  pointe du doigt le trafic illicite de cacao, de la noix de cajou, du coton et des pierres précieuses  dans le nord, l’ouest  et le centre ivoirien.  Le nom de Guillaume Soro, actuel président de l’assemblée nationale, est cité aux côtés de certains commandants de l’ex rébellion.  Synthèse côté cour, côté cacao.

 

Durant la saison 2011-2012, environ 153  000 tonnes de cacao ont été commercialisées via la contrebande, provoquant des pertes évaluées à 400 millions de dollars soit 1,6% du PIB de la Côte d’Ivoire.   Les pertes pour le fisc ivoirien sont évaluées à 76 millions de dollars.   Le schéma est le même pour la noix de cajou, avec des pertes estimées à 130 millions de dollars et un manque à gagner de 3 millions de dollars pour le fisc.   Le trafic touche aussi le coton (2000 tonnes détournés)  les grumes et les pierres précieuses.

 Le groupe des experts estime que la croissance limitée des taxes et droits sur les marchandises exportées tient pour partie aux effets de la contrebande. Entre 2011 et 2012, ces recettes n’ont augmenté que de 6%, passant de 442 à 468 millions de dollars.

Dans leur analyse, les auteurs du rapport qui se livrent à une longue description des trafics d’armes et des circuits financiers des pro-Gbagbo s’attardent sur les hautes figures de l’ex-rébellion.   Aujourd’hui  influents dans l’armée, la scène politique et l’administration, les Comzones profitent   d’une structure de l’économie parallèle restée intacte en dépit des progrès enregistrés dans la pacification du pays.

Le  nom de Guillaume Soro,  président de l’assemblée nationale   depuis le 12  mars 2012  et ancien secrétaire général  des Forces nouvelles (les fameux Comzones),   revient à plusieurs reprises aux côtés de l’un de ses fidèles conseillers, à savoir son chef de protocole Kamagaté Souleymane dit «Soul II Soul ».

Suite à la publication du rapport, Guillume Soro, épaulé par le premier ministre, Daniel Ducan Kablan, a attaqué le rapport sur la forme en marge d’une conférence de presse improvisée.  Il s’agit d’«un rapport unilatéral » aux yeux du président de l’Assemblée nationale qui déplore le fait que les personnes citées dans l’enquête n’ont pas eu le loisir de répondre aux questions des auteurs du rapport.  Dans son plaidoyer, Guillaume Soro invite les experts à étayer leurs rapports par des preuves.

Ces experts sont au nombre de 5 :  Il s’agit de Raymond Debelle (Belge, fondé sur la question des armes),  Eugene Rutabingwa Fatakanwa (Rwandais, experts dans le transport, la logistique et la douane), Simon Gilbert (Britannique, expert en diamants), Joel Salek (Colombien, expert dans la finance) et Manuel Vasquez Boidard (espagnol,expert régional).  C’est ce dernier qui était coordinateur de l’enquête commencée le 5 juillet 2012 et ponctuée par des visites avec les membres  et les officiels du gouvernement de Côte d’Ivoire ainsi que des investigations dans divers pays dont la France, la Belgique, le Niger, le Ghana, le Burkina Faso, la Hollande et les USA.

Concernant le pillage des ressources, le  rapport cite nommément des membres de l’ex rébellion comme Martin Kouakou Fofié (sous sanctions de l’ONU depuis 2006), Issiaka Ouattara dit «Wattao », Hervé Touré alias «Vetcho », Koné Zakaria et Chérif Ousmane qui ont tous été promus à des postes stratégiques suite à l’arrivée du président Ouattara au pouvoir.  «Le Gouvernement ivoirien en place a progressivement intégré d’anciens commandants de zone aux forces armées régulières du pays, sans pour autant que ceux-ci abandonnent leurs activités économiques prédatrices de seigneurs de guerre, qu’ils ont à présent étendues à l’ensemble du territoire ivoirien », lit-on dans le rapport.

Durant sa conférence de presse improvisée, Guillaume Soro a notamment déclaré : «Les chefs militaires dont parlent les experts de l’Onu sont bel et bien là. Ils continuent leur travail». Et d’ajouter : «Nous attendons les preuves des allégations contenues dans ce rapport ».  Guillaume Soro promet  de répondre le moment venu.

Compte tenu du silence officiel suite à la publication de ce rapport, il est peu probable que le parlement ivoirien (dont les pouvoirs sont temporairement réduits pour faire avancer les grands travaux) se saisisse du dossier pour une contre-enquête salutaire.

 

 

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