Femi3Femi Oyetunji, CEO de Continental  Reinsurance, le premier réassureur privé africain, dresse les ambitions de son groupe dans un entretien exclusif avec Financial Afrik.

 Financial Afrik : Pouvez-vous présenter Continental Reinsurance à nos lecteurs ?  Comment ont évolué vos résultats et vos parts de marché en 2012 ?

 Femi Oyetunji : Continental Re est la plus grande compagnie privée de réassurance en Afrique.  Nos activités ont commencé au Nigeria il y a 20 ans. A l’époque, nous étions uniquement une compagnie nigériane de réassurance.  Mais depuis, nous avons évolué vers une entité panafricaine avec des bureaux à Nairobi, Douala et Abidjan.  Deux bureaux devraient suivre cette année. Notre bureau de Nairobi évolue en une filiale à part entière. Nos actionnaires sont en général des investisseurs institutionnels internationaux, des compagnies d’assurance africaine de différents horizons. Nous sommes véritablement une compagnie panafricaine avec pour ambition d’être la première compagnie africaine de réassurance.

S’agissant de nos résultats, nous avons atteint tous nos objectifs en 2012, année de forte croissance. Je ne pourrai vous en dire plus car nous n’avons pas encore publié nos résultats.   Il est difficile de parler de parts de marché de la réassurance en Afrique à cause de l’absence de données. Cependant, nous pouvons dire que nous sommes numéro un au Nigéria sur la branche réassurance de l’assurance vie. Nous contrôlons par ailleurs une part substantielle de la branche non vie. Nous avons aussi de bons états en Afrique de l’Est et dans les pays d’Afrique francophone.

 

Depuis octobre 2012, vous êtes en Afrique francophone ?  Pourquoi  le choix d’Abidjan ?  Ressentez-vous de grandes différences entre l’Afrique francophone et anglophone ?

En fait, nous avons commencé nos opérations dans les pays francophones en 2005 avec l’ouverture de notre agence à Douala. Notre philosophie est d’être au plus prés du marché.  Nous nous sommes rendu compte qu’il était difficile de couvrir l’Afrique francophone à partir de Douala. C’est pourquoi nous avons ouvert des bureaux à Abidjan en mars 2012 pour couvrir les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest. Nos activités y ont démarré en octobre 2012.  Le bureau de Douala va se consacrer à l’Afrique centrale francophone.  Il y a une grande différence entre l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone.   A commencer par la langue.  Plus sérieusement, il y a un code d’assurance unique pour les pays francophones (NDLR : le code CIMA).  Nous n’en avons pas d’équivalent dans l’Afrique anglophone.  Sachant que la réassurance est une activité internationale, nous avons une approche identique pour toutes les zones géographiques.  Les cultures  sont différentes d’un pays à l’autre.  Pour mieux servir nos clients, nous devons nous rapprocher d’eux.  D’où notre organisation en plusieurs régions avec des services spécifiques pour chacune d’entre elles.

 L’Afrique émet seulement 1% des primes du marché de l’assurance ? Comment s’explique ce gap ?

En dépit des efforts des gouvernements africains de garder les primes d’assurance générées dans leurs pays respectifs, la plupart voient ces montants contractés atterrir en Europe ou aux USA. A l’exception de l’Afrique bien évidemment. Il y a deux raisons majeures à cela. La première est la prolifération des petites compagnies sous capitalisées.  La seconde  est la tendance des multinationales d’adopter des  politiques groupes conçues auprès de la maison mère, en Europe ou aux USA.

 

Le marché africain des capitaux est encore étroit. Pourquoi de grandes compagnies comme C-Re ne contribuent-elles  pas à l’essor des marchés financiers dynamiques sur le continent ?

 

Nous sommes le premier acteur sur le marché nigérian des capitaux.  Cependant les engagements des compagnies d’assurances sont libellés sur le court terme  à l’exception de l’assurance vie. Cela limite l’horizon de l’investissement.  D’autant que l’assurance vie n’est pas encore très développée en Afrique à l’exception de l’Afrique du Sud où le développement de ce segment a un effet induit sur le marché des capitaux.