Or physiqueEntre le 27 mars et le 15 avril, l’or a décroché de plus de 25%. Du jamais vu en trente ans… Juste après qu’il ait touché son point bas à 1 335 $, je vous donnais des pistes pour bien réagir à la situation ; et vous disais que l’or risquait de baisser encore.

Par Isabelle Mouilleseaux, l’Edito Matières Premières & Devises

http://edito-matieres-premieres.fr/

 

 

Mon avis est inchangé. L’or pourrait encore baisser jusque vers les 1 200 $, voire plus. Et les minières, déjà très abîmées, pourraient encore perdre du terrain. Soyons clairs : au cours actuel de l’or, les mines ne sont plus rentables, leurs marges devenant négatives. Certaines devraient donc commencer à fermer des sites de production ; et plus le cours de l’once baissera, plus nombreux seront les gisements fermés ; ce qui réduira progressivement la production. L’offre est donc vouée à baisser dans les prochains mois.

Je voudrais rapidement revenir sur les “étranges dessous” de ce krach.

Etape N°1 – Le vendredi 12 avril, jour ou le krach commence, 2 tradestitanesques sont balancés sur le COMEX (marché des futures or US) à une heure d’intervalle.

Je n’ai jamais vu d’aussi grosses positions arriver sur ce marché. Deux positions vendeuses (short) :

  • La première position vend 100 tonnes d’or
  • La seconde vend 300 tonnes d’or

400 tonnes d’or papier vendu au total, soit 12,8 millions d’onces. C’est quasiment 20% de la production d’or annuelle balancée en 1 heure sur le COMEX. Au cours de 1 550 $ l’once, cela fait 19,8 milliards de dollars.

Pas étonnant que le marché de l’or papier se soit effondré.

Et pour enfoncer le clou…

Etape N°2 – Le lundi 15 avril, les appels de marge (dépôts cash obligatoires) sur le marché des futures US sont relevés de 16% à 19% pour l’or

Si bien que les traders ont immédiatement été obligés de déposer du cash sur leur compte, ou de vendre une partie de leurs positions pour faire face à l’appel de marge soudain. Ce qui a d’autant plus poussé le prix de l’or à la baisse.

Pour revenir à la position short de 400 tonnes d’or… je me demande vraiment QUIpeut placer un ordre aussi… monumental ? QUI peut se permettre de prendre un risque financier aussi important ? Il faut tout de même être “sacrément sûr de son coup” pour prendre une telle position. Une position digne d’une bullion bank, voire d’une banque centrale…

Mais le plus étonnant n’est pas là.

Ce qui m’a le plus frappé est la réaction du marché physique de l’or

La demande s’est envolée. Il y a eu un rush massif sur le physique avec une envolée faramineuse des primes (écart entre le prix de l’or physique échangé et le cours de l’or déterminé par le fixing et affiché).

Les marchands de pièces, notamment en Asie et aux US, ont été dévalisés. Beaucoup de dealers ont été en rupture de stock, tant les particuliers se sont rués sur les pièces et lingots.

A Hong Kong, on n’a pas vu pareil rush sur l’or physique depuis 50 ans sur le Gold & Silver Exchange Society, selon le Financial Times.

– A Pékin, on faisait la queue devant les dealers de pièces pour en “acheter à bon compte”. Selon la radio Voice of China, les Chinois auraient acheté en 15 jours pour 16 milliards de dollars d’or, (300 tonnes).

-En Inde, les acheteurs se sont précipités sur les bijoux et des pièces

-A Dubai, les primes ont atteint … 750% !

– L’US Mint a vendu dans la seule journée du 17 avril 63 500 onces de pieces d’or.
Au 19 avril, les ventes atteignaient déjà sur trois mois et demi 62% des ventes 2012.
Au 25 avril, elle n’avait plus une seule pièce d’or American Eagle (1/10eme d’once) à vendre : rupture de stock ! 209 500 onces d’or ont été vendues sur avril contre un total de 292 000 durant les 3 mois de l’année. Un record.

La Banque du Mexique a vendu 173 411 onces sur le premier trimestre de l’année. Au 23 avril, en moins d’un mois, elle avait déjà vendu 174 000 onces.

En Angleterre, les ventes de pièces en métaux précieux ont été mutlipliées par trois en avril (versus mars)

En Australie, la Monnaie n’arrive pas à répondre à la demande.

Au Canada, la Monnaie a vendu 440 000 pièces d’or d’une once et 9 millions d’onces d’argent (Silver Maple Leaf) sur les quatre premiers mois de l’année. Une hausse de 123% par rapport à la même période N-1

En Suisse, les délais d’attente pour être livré en argent physique sont passés de 15 jours avant le krach à 12 semaines après le krach. 

Pendant ce temps….

Les ETF or voient fondre leurs actifs.

Les gens ne veulent pas de certificat sur l’or, ils veulent du physique réel”

Et c’est Terrence Duffy, le PDG du marché des futures US (le roi du marché papier ) qui le dit sur Bloomberg TV.

 

Pénurie d’or physique ?

 

Les investisseurs “or-papier”, qui ne demandaient jusqu’ici jamais livraison physique, sont curieusement de plus en plus nombreux à demander livraison physique sur le COMEX. Ce marché à terme a du livrer plus de 43 tonnes d’or en février 2013, ce qui est très inhabituel.

 

Quant on sait que les transactions or papier sont 100 fois supérieures à l’or physique disponible pour livraison, cela peut faire froid dans le dos.

 

Certes, la plupart des investisseurs jouent sur le COMEX sans jamais demander livraison physique. Mais ce dernier pourrait être mis en défaut si l’idée venait soudain à quelques-uns de demander livraison.

 

Certaines banques ont d’ores et déjà pris les devants : ABN Amro vient d’annoncer à ses clients qu’ils pouvaient continuer de jouer l’or papier, mais que les livraisons physiques n’étaient plus possibles. Les positions seront donc débouclées cash.

Autre indice, l’évolution du GOFO :

Vous le savez, les banques centrales louent leurs réserves d’or à des tiers en vue de percevoir une rémunération (le gold lease rate – GLR). C’est le taux officiel du marché des prêts/emprunts d’or.

Pour être attrayant, il doit être inférieur au fameux taux LIBOR (taux interbancaire court terme de Londres)

La différence entre ces deux taux clé s’appelle le GOFO. Comme le dit très justement Cyrille Jubert : “A LIBOR constant, quand l’or est abondant sur les marchés, le GOFO monte car personne n’est prêt à payer cher quelque chose de banal. Quand l’or se raréfie le GOFO baisse car le louer coûte plus cher. De manière rarissime, le GOFO peut même être négatif.”

On constate une très forte baisse du GOFO. Une baisse qui ne vient pas du taux Libor (qui n’a que très peu évolué)… j’en déduis donc que c’est le taux du marché de l’or, le GLR, qui monte. En général, lorsqu’un taux monte, c’est qu’il y a plus de demande que d’offre.

L’or physique se raréfie-t-il ?

Il y a une vraie dichotomie entre le marché papier et le marché physique.

Je rappelle que l’or physique ne peut être manipulé. Il ne peut-être démultiplié à volonté. Contrairement aux contrats à terme sur l’or qui peuvent être multipliés à l’infini (comme le dollar).

Si vous voulez acheter de l’or, ou si vous détenez de l’or, je vous recommande vivement d’être en physique. Oubliez le papier.

Oubliez les ETF, certificats, tracker… si vous avez une optique deplacement/assurance. Ils sont réservés aux investisseurs (profil opportuniste) qui veulent encaisser des profits en faisant des allers-retours.

Où va l’or à plus long terme ?

Personne ne le sait. Pour ma part, je reste optimiste, tant notre système monétaire actuel est miné